Sortie n°30 – Mardi 5 août 2014Le Tarn de Marssac-sur-Tarn vers Rivières

Sortie n°30 – Mardi 5 août 2014
Le Tarn de Marssac-sur-Tarn vers Rivières

La Mouline-basse et son petit pont toujours peuplé de pêcheurs… Un lieu un peu hors du temps, pourtant si proche de la plus grande ville du Tarn… Vous y êtes probablement passé, en vous rendant à Albi sans prendre la route habituelle. Celle dont je vous parle passe par Terssac, en prenant sur la gauche dans Marssac. Ce petit pont passe au dessus d’un ruisseau qui s’étale en une sorte de marécage, où se promènent souvent Grandes aigrettes, Aigrettes garzette et Hérons Bihoreaux… Vous voyez où se trouve cette petite zone où nous avons mis à l’eau pour cette sortie ? Non ? Alors tant pis pour vous, vous ratez un coin charmant ! N’hésitez pas à vous y arrêter si l’occasion se présente ! Par chance ce jour-là, nous étions les premiers ! Pas de pêcheurs au moment du déchargement du kayak. Heureusement car il n’y a pas beaucoup de place et la route n’est pas bien large.

Rivière Tarn
Julie à bord du Bélouga 2 sur le Tarn en amont de Marssac

Une fois la mise à l’eau effectuée avec Julie, la n°1 du jour, le matériel et le repas de midi embarqués, nous avons mis le cap non pas vers la rivière mais vers les terres. Nous sommes donc passés sous le pont. Oui, le pont sous la départementale 13, qui mène de Marssac à Terssac… Vous voyez toujours pas ? Et nous avons navigué dans cet espèce de marigot que forme le ruisseau de Carrofoul. Bon, nous ne sommes pas allé bien loin, le Bélouga 2 a beau avoir un tirant d’eau de 5 cm, on sentait que ça frottait sur de la bonne vase qui accroche… C’était pas vraiment le lieu ni le moment pour un bain de boue…

Après cette petite mise en train, nous avons rejoint la rivière Tarn pour débuter les prospections, à commencer par la loutres, espèce-mystère de nos quelques pérégrinations en kayak sur ce grand cours d’eau… Nous avons aussi noté les nombreuses espèces d’oiseaux croisés pour l’occasion. Comme à l’accoutumé depuis des semaines, un bocal avait trouvé sa place sur les jupes du kayak pour recueillir les exuvies de libellules que nous récoltons à chaque sortie.

La première curiosité est le mur que nous avons longé… Je n’ai pas encore eu le temps de fouiller sur le net ou d’interroger les collègues de « Nautabene » pour en savoir plus sur cet ouvrage long de plusieurs mètres… De l’autre côté, de l’eau et parfois aperçu quand le niveau est bas, le toit d’un bâtiment… Peut-être une ancienne carrière mentionnée dans l’histoire du village de Marssac… A suivre… En tout cas pas de traces d’épreintes de loutres…

Plus loin, le pont de Marssac-sur-Tarn, un des rares passages au dessus de la rivière. Au delà se trouve une zone de vitesse libre et nous redoublons de précautions avant de passer cette « frontière »… Nous avons aussi regardé à l’aller comme au retour, suivant l’arche sous laquelle nous pouvions passer, les rebords des piles afin d’apercevoir de traces de loutres, mais toujours rien…

Rivière Tarn
Julie à bord du Bélouga 2 sur le Tarn en amont de Marssac

La zone suivante était bien moins intéressante d’un point de vue naturaliste et bien moins tranquille… De nombreux bateaux sillonnent la rivière, avec ou sans le skieur à l’arrière. Fréquentation humaine oblige, les berges n’étaient plus du tout les mêmes… De nombreuses maisons « débordent » sur la rivière, des bateaux de pêche et de tourisme qui créent de nombreuses vagues bien plus impressionnantes qu’on l’imagine… Prendre un mètre de creux sur le Tarn, j’avoue que ça peut surprendre !

En bout de la zone de vitesse libre, nous avons fait un petit tour dans un petit bras de rivière au lieu-dit « Les Bordes ». Sur place, deux pêcheurs en bordure d’une mise à l’eau en béton. Trop étroite pour accoster avec le Bélouga 2, nous avons repoussé l’heure du repas et avons repris notre exploration des berges, bien moins anthropisées dans ce secteur. Nous avons observé de nombreux milans noirs ainsi que des Hérons cendrés en nombre conséquent. Passage toujours aussi agréable lorsqu’on navigue devant la roselière de Lagrave. Cette zone en partie remplie de quelques grandes plantes aquatiques permet à de nombreux oiseaux de se cacher et probablement même de se reproduire. Le syndicat de rivière essaie de la préserver malgré la forte pression des loisirs nautiques et de l’immobilier qui règne sur ces lieux.

Après quelques kilomètres de navigation, nous décidons de faire une pause repas sur une mise à l’eau au lieu-dit « la Condomine », sur la commune de Marssac, juste derrière le site archéologique de Sainte-Sigolène. Quelques pêcheurs viennent accoster avec leurs hors-bord. Nous sommes en effet sur une zone où les amateurs de ce loisir sont nombreux !

Rivière Tarn
Le Bélouga 2 au lieu-dit « la Condomine »

Après la pause repas, il nous restait plein de temps libre, nous en avons profité pour explorer les nombreux bras morts autour de Lagrave.

Le premier correspond à l’arrivée dans le Tarn du ruisseau de la Saudronne (nom qui rappellera à certains d’entre-vous un autre ruisseau, non navigable, mais tout aussi exceptionnel par le « contenu »…) Dans cette zone du Tarn, je passe beaucoup de temps l’hiver pour compter les hérons bihoreaux en hivernage. Il en reste au plus fort de la saison froide une bonne vingtaine, avec parmi eux quelques juvéniles. Grandes aigrettes et Aigrettes garzette sont souvent elles aussi de la partie. J’ai bien sur toujours fait ces observations depuis le pont, sur la route qui remonte vers Lagrave. C’était donc la première fois que je voyais le secteur derrière le virage, invisible depuis mon poste d’observation. Le bras mort se poursuit au milieu des maisons et s’achève dans une sorte de marécage remplis de libellules. Pas d’exuvies trouvées en quantité, mais beaucoup d’adultes en vol en tandems et en accouplements.

Quelques centaines de mètres plus loin, plus en aval, nous nous sommes glissés dans le bras mort correspondant encore une fois à une arrivée de ruisseau, le Riou Frech… Pour y entrer, on passe sous la ville de Lagrave et son château, qui domine le Tarn et sur lequel on a une magnifique vue du fond du bras mort.

Rivière Tarn
Château de Lagrave vu depuis le Riou Fresh

Ne sentant pas de fatigue et ayant toujours un peu de temps, nous avons poussé le Bélouga 2 plus en aval vers le barrage de Rivières. Les berges sont devenues plus intéressantes et la rive gauche, très abrupte est encore très sauvage. La rive droite est bordée de maison, mais elle reste quand même assez intéressante, au moins pour les odonates. Sur le trajet, une grotte dans la falaise nous accueille le temps d’une petite pause.

Rivière Tarn
Grotte en bordure du Tarn en amont du barrage de Rivières

Plus loin, en limite de la zone navigable, nous passons plusieurs minutes à observer le barrage afin de voir quelques oiseaux. Un Martin-pêcheur nous fait un rapide coucou et s’en va sans demander son reste ! La rivière est à cet endroit très large et bénéficie d’une grande tranquillité, la navigation y est interdite pour cause de proximité avec le barrage. La faune sauvage doit y être plus au calme qu’en amont. Hélas, peu de signes de vie… et pas énormément d’exuvies de libellules non plus…

Rivière Tarn
Le barrage de Rivières vu depuis l’amont, en limite de zone navigable

Arrivés au bout de la zone navigable du jour, nous amorçons un retour rive droite. Nouveau passage au large de Lagrave, avec toujours cette superbe vue sur le château. Nouveau passage dans la zone de vitesse libre avec à nouveau des vagues qui m’ont rappelé quelques navigations en mer, avec enfournement et glissement de la vague sur le kayak (merci les jupes pour l’étanchéité !). Nouveau passage aussi sous les ponts avant Marssac et toujours aucune trace de loutre…

Rivière Tarn
Le Château de Lagrave

De retour au point de départ, voila enfin la surprise du jour (il y en a toujours une pour peu qu’on sache où regarder) ! Nous croisons en effet le vol de Trithemis annulata ! Cette libellule colonise de sa propre initiative le sud de la France. Elle n’a pas été « lâchée » chez nous mais est venue à coups d’ailes à travers la méditerranée vers le continent. Cette donnée est intéressante à plus d’un titre. Elle confirme le fait que cet odonate peut se trouver sur grands cours d’eau pour peu qu’il possède des zones moins sujettes au courants, et confirme la progression vers le nord de notre département depuis 2010.

Une belle navigation de plus de vingt kilomètres sans la moindre fatigue, en grande partie grâce au kayak et à son extraordinaire finesse qui permet de glisser sur l’eau sans le moindre effort, ce qui est essentiel pour pouvoir naviguer à nouveau le lendemain dans de bonnes conditions. Sur le parcours, nous avons fait de belles observations et noté beaucoup d’espèces sur notre base de données, sans avoir hélas pu confirmer la présence de la loutre sur cette zone. Une navigation à refaire dès que la météo le permet… ■