De toutes les navigations effectuées avec le Bélouga 2, c’est l’une des plus étrange que je vais vous raconter ici ! Il arrive parfois de se trouver dans des lieux inconnus et de découvrir un nouveau paysage, ça nous est arrivé à tous… Mais trouver un nouveau paysage dans un lieu que l’on connait depuis son enfance et que l’on fréquente souvent, c’est assez troublant… Même si on est pas tous d’accord pour faire des barrages, souvent inutiles, il faut reconnaitre que cette magie liée au niveau d’eau, qui fait apparaitre ou disparaitre un élément du décors, est vraiment surprenante !
Après l’été, le niveau d’eau de nombreux lacs descend fortement, pour reconstituer les réserves en aval des grandes rivières et pour assurer un débit minimal. C’est en tout cas comme ça sur le lac des Saints-Peyres et je l’ai souvent vu très bas, mais à proximité de l’ouvrage de la retenue. Je n’imaginais pas comment c’était depuis un kayak au fond du vallon ennoyé en temps normal.

Encore une fois, Didier avait accepté de m’accompagner malgré les températures qui elles aussi étaient descendues… Le soleil aussi était au rendez-vous pour cette dernière navigation de l’année. Restait à rejoindre ce lieu si tranquille… Sur le trajet, à l’approche du parking du lac, nous entendons des « boum boum boum »… Je vous laisse deviner… Une rave-party… Cette bande de branleurs avait posé le camion de sono sur le parking et les hauts-parleurs crachaient du bruit en permanence… Arrivé au parking de l’ancienne école de voile, nous trouvons des pêcheurs fatigués, qui n’ont pas réussi à dormir, et qui n’ont pas non plus fait la sieste la veille, car pour les teufeurs, aucun respect, pas de pause, et c’est pas grave si ça dérange… Une pause sans musique le dimanche matin aurait fait du bien aux autres usagers du lieu… Renforcer les lois pour les interdire ? Mais vous n’y pensez pas ! C’est liberticide, mot très à la mode en ce moment… En attendant, c’est le genre de détail qui peut facilement vous gâcher un week-end…
Nous avons donc préparé le kayak et le matériel dans un ambiance bizarre, avec déjà l’impression de ne pas être au bord du lac des Saints-Peyres… Le niveau si bas du barrage nous a obligé à mettre le Bélouga 2 sur le chariot et de le faire rouler vers une zone où la pente permettait d’arriver à l’eau sans danger pour l’embarcation. Ce signe de changement radical du profil de la navigation était le premier d’une longue série… Après avoir donné les premiers coups de pagaies dans ce qui ressemblait plus à une rivière qu’à un lac, nous nous sommes dirigés vers le moulin de Bonnet… Et là, deuxième surprise… La petite vallée dans laquelle on navigue d’habitude n’était plus accessible et on voyait au loin le petit chalet sous lequel nous passons lorsque nous allons vers le moulin…

Nous décidons de continuer vers la Vieille Morte afin de voir si le niveau d’eau permet de naviguer et jusqu’où… C’est la que nous voyons le changement le plus flagrant, nous approchons le virage du lieu-dit « le Mazérac » et la grande boucle en eau a disparue pour laisser place à un grand virage autour d’une longue pointe rocheuse. Partout sur les berges couvertes de vase apparaissent des vestiges surgis du passé… Ici une maison en ruine, là des souches tronçonnées il y a bien longtemps, ailleurs quelques poteaux signalant un ancien ponton… Suffisamment loin et sous le relief, les bruits de la rave-party ont disparu et c’est en silence que nous effectuons cette promenade dans le passé, dans une ambiance de recueillement, et nous n’échangeons que peu de paroles…


A la moitié du trajet habituel, juste en amont de « le Mazérac », le lac disparait dans une sorte de canal creusé dans la vase, canal qui « débouche » sur un ruisseau où l’eau se faufile au travers de nombreux rochers amoncelés ici et là… Nous avons décidé de manger au plus loin et le Bélouga 2 avec son faible tirant d’eau arrive à remonter à l’extrême limite sans risque de casse. Nous sortons alors du kayak, posé sur le lit rocailleux de la rivière Arn pour découvrir cette petite vallée, qui devait être superbe avant la construction du barrage. Nous mangeons un peu en hauteur sur une zone empierrée pour profiter des derniers rayons du soleil, en attendant que Jean-Yves, qui devait nous rejoindre, nous donne signe de vie… Après une petite sieste, nous avons pris le chemin du retour, à travers ce paysage de désolation…




Nous avons retrouvé Jean-Yves, lui aussi impressionné par la physionomie des lieux… Nous remontons à nouveau le courant pour lui montrer cette sorte de chenal ainsi que le ruisseau qui se jette dans le lac à l’endroit où en principe on navigue sans le moindre souci… Au retour, nous faisons la traditionnelle pause sur notre plage préférée, passage nécessaire ce jour-là avant de revenir à la civilisation. Arrivé dans la petite crique où Jean-Yves a mis à l’eau, nous galérons un peu pour remonter le kayak à la voiture, mais ça fait aussi partie de l’activité… Ambiance calme pour ce retour, la musique est arrêtée et le sérénité du lieu retrouvée… Cette sortie restera gravée dans nos mémoires et lors de nos prochaines navigations, nous saurons ce que nous avons sous la coque… ■


