Saison, calendrier, planning, horaire, ces mots évoquent pour tous la course du temps et les problèmes rencontrés pour essayer de le maitriser… Et le naturaliste, même amateur, subit les mêmes contraintes à ce niveau que dans les autres loisirs, et parfois même pire…

L’hiver, saison en cours au moment où j’écris ces quelques lignes est moins propice aux sorties et aux prospections, car nombreuses sont les espèces dont l’activité s’est fortement réduite. Mais elle est idéale pour observer les nombreux hivernants qui viennent chez nous se réfugier. Le printemps, celui qu’on attend tous avec impatience voit la nature se réveiller et de nombreuses espèces revenir pour quelques mois de leurs lieux d’hivernages. Vous l’aurez donc compris, le naturaliste fait une course contre la montre à chaque saison pour observer les espèces qui sont actives à ce moment là. La sortie sur laquelle je rédige ces quelques lignes, en date du 14 octobre devait être faite bien plus tôt, pour profiter encore des dernières libellules en vol… Mais l’emploi du temps du passager du jour est bien plus compliqué que le mien, qui n’est pourtant pas déjà très simple ! Et il nous a fallu du temps pour trouver une date commune !

Autre paramètre à intégrer pour l’activité de naturaliste, amateur ou pas, est le temps, pas celui qui s’égrène sur une horloge, mais celui qui cause de météo ! Pour une sortie nocturne sur le thème des batraciens au printemps, rien de mieux qu’une bonne averse de pluie juste avant, ou même pendant ! En été, pour une animation sur les libellules, il vaut mieux un bon soleil, sinon pas le moindre individu en vol ! Pour les oiseaux, le vent réduira fortement les chances d’observations. En ce qui nous concerne pour le jour-dit, nous nous sommes retrouvés sur Gaillac, sous la pluie, le moral dans les chaussettes… Une journée programmée si longtemps à l’avance, et avec aucune autre possibilité avant l’hiver, sous une météo peu agréable ne nous tentait pas vraiment… Mais habitués à faire des sorties quelles que soient les circonstances, nous avons décidé d’y aller quand même. Nous sommes donc monté chez Christine pour chercher le kayak, toujours sous la pluie et nous avons pris la route vers le village de Castelnau-de-Levis. La destination à l’origine de la sortie était la vallée du Viaur et la chapelle de Las Planques, mais une vidange du barrage de Thuriès interdisait toute navigation sur le Viaur du pont de Tanus au barrage, section sur laquelle je comptais faire la navigation.
A l’arrivée à la mise à l’eau, le soleil a commencé à montrer timidement le bout de son nez. Nous sommes montés à bord du kayak avec l’espoir que le temps finisse par s’améliorer ! Après le réglages de jupes et la prise en main du matériel, et quelques coups de pagaies plus loin, le soleil s’est enfin levé pour de bon, réveillant les couleurs des cabanes de pêcheurs qui bordent le Tarn.

Le promenade s’est poursuivie vers l’aval, à la recherche de tout signe de vie intéressant à noter. A la première évocation de cette sortie, fin août, il était question de traquer de la libellule, mais la saison était déjà bien avancée le jour de la sortie et nous n’en avons pas vu. Nous avons donc concentré nos efforts avant tout sur les oiseaux, en espérant trouver quelques uns de ces hérons bihoreaux qui restent en hivernage chez nous. En marge de cette lente prospection, nous avons recherché une espèce moins classique, il s’agit du castor… Oui, vous avez bien lu, le Castor d’Europe (Castor fiber). Le Tarn, rivière, abrite dans le Tarn et l’Aveyron (départements) une petite population de castors qui est très discrète et peu connue, car elle occupe les berges inaccessibles et inoccupées par l’homme. Nous avons donc longé, jumelles au cou, les bords du Tarn vers Marssac et nous nous sommes arrêtés pour manger près de l’église du Carla, au pied d’une petit falaise couleur ocre, avec en fond la tour du village de castelnau-de-Levis.

Après la pause repas, direction le petit bras mort que l’on traverse en prenant la route de Marssac-sur-Tarn vers Terssac, au lieu-dit « la Mouline Basse ». Passage sous le pont pour essayer d’aller voir de l’autre côté si c’est navigable… Mais nous ne faisons que quelques mètres, car il y a trop peu de fond, même pour les 5 centimètres de tirant d’eau du kayak. Ce lieu fréquenté par les pêcheurs est très agréable, mais trop bruyant et on ne s’attarde pas.


Retour vers le point de départ tout en continuant à chercher ce fameux Castor fiber, introuvable jusqu’ici. En avance sur nos horaires, nous laissons l’embarcadère pour continuer un peu vers l’amont… Jusqu’où ? Jusqu’à la première trace de la journée de ce mammifère si particulier ! Un arbre couché dans la rivière et rongé pas de dents dont les mesures ne laissent aucuns doutes, il ne s’agit pas d’un ragondin mais bien d’un castor. Nous passons une bonne demi-heure à photographier les marques et à chercher d’autres traces, mais rien de nouveau apparait. Les populations sur le Tarn ne descendent pas au delà de Rivière-sur-Tarn, et le nombre d’individus n’est pas très élevé, il est donc difficile de trouver des traces, peu nombreuses.


Nous mettons finalement le cap vers l’embarcadère, non sans avoir croisé quelques oiseaux, dont une magnifique grande-aigrette, immanquable virgule blanche sur le cours d’eau sombre.
Le bilan de la journée est plutôt bon ! Quelques oiseaux, un signalement de castor, du soleil et une bonne bière à la pause du repas de midi ! Que demander de mieux ! Bon, ok, il manquait les libellules pour les deux passionnés que nous sommes, mais c’était une superbe sortie naturaliste à renouveler au printemps prochain… Va juste falloir trouver une date commune ! ■