Avez-vous vu la loutre ? Non ? Nous non plus… Enfin, quand je parle de voir une loutre, à mon modeste niveau, c’est-à-dire celui de la rivière, c’est apercevoir son épreinte… C’est quoi une épreinte ? Eh bien, c’est un caca, qu’elle dépose en un petit tas sur un support bien en évidence au dessus de l’eau. Cette épreinte est composée de déchets du genre écailles de poissons ou restes d’écrevisses et a une forte odeur qui peut faire penser à du miel…

Un tas des restes de repas non digérés, posés sur un endroit en évidence hors de l’eau ? Facile à repérer ? Non, pas si facile que ça en fait ! En tout cas sur le Tarn, au niveau prospections, on commençait à cette période là à désespérer… Pas de traces dans les milieux pourtant propices…
Nous avons donc décidé d’après les connaissances de Julie sur le sujet, de nous rendre un peu plus en aval sur le Tarn, dans le Tarn-et-Garonne, à l’embouchure de la rivière Aveyron, afin de vérifier si les quelques sites connus étaient marqués… Les nombreuses pluies des derniers jours pouvaient en effet avoir effacé les marques, ou bien les individus n’avaient pas eu l’occasion de laisser leurs épreintes… Aucunes certitudes et après les nombreuses prospections infructueuses, il fallait vraiment qu’on navigue sur une zone sur laquelle on avait des informations de marquages.
Plus éloigné que d’habitude de ma zone de prospection, nous avons passé un peu de temps à trainer en bord de rivière pour trouver des mises à l’eau adaptées au Bélouga 2. Nous avons trouvé une belle petite plage en amont l’endroit où la rivière Aveyron rejoint la rivière Tarn. Le pente pour rejoindre l’eau étant un peu raide, il a fallu monter le Bélouga 2 sur son chariot à roues afin de l’amener au bord de l’eau.

Nous avons commencé par nous laisser porter par le courant, plus rapide sur ce secteur que sur les précédentes navigations dans le département du Tarn. Arrivés en vue de la rivière Aveyron, nous l’avons embouqué avec beaucoup d’attention. D’abord parce que la faible profondeur nous incitait à la prudence. Ensuite parce que nous avons quand même cherché des exuvies de libellules, sur les berges et le long des troncs d’arbres qui bordaient le cours d’eau. Notre navigation nous a menée sous un pont, à proximité du lieu-dit « Bellerive », sur lequel je passe souvent pour rejoindre Montauban depuis l’ouest du Tarn-et-Garonne. Là, le courant était déjà plus conséquent et il a fallu faire très attention de ne pas trop se frotter sur la pile centrale du pont, que la rivière entourait de quelques belles turbulences. Nous avons scruté les berges, comme à l’habitude, mais pas de traces de loutres, et peu d’exuvies de libellules… Quelques oiseaux, toujours présents, comme le Martin-pêcheur et le Héron Bihoreau.

Quelques centaines de mètres après le pont, nous avons rebroussé chemin… Un gros amas de pierre formant une île accélérait trop le débit de la rivière et il était impossible de franchir cet obstacle. Nous sommes donc revenus vers la rivière Tarn, que nous avons continué à descendre. Là aussi, nous avons trouvé une île, essentiellement constituée de gros galets, que nous avons longés quelques mètres avant de faire demi-tour pour souquer ferme et remonter sans se faire happer par un très fort courant d’accélération ! Il s’en est fallu de peu qu’on soit obligé de se rabattre sur la rive de cette petite île pour la remonter à pied afin de trouver une zone plus calme ! Nous avons continué à chercher, à fouiller le moindre recoin des berges du Tarn afin de trouver un seule petite trace…

Une petite trace que nous avons fini par trouver un peu en aval de l’endroit où nous avions mis à l’eau, puis une autre en amont… Deux traces très difficiles à repérer et pas franchement très fraiches… Mais des épreintes quand même. Juste histoire de nous rassurer et de pouvoir nous dire qu’on était bien capable de les voir, et qu’on en a pas trouvé sur le Tarn aval car il n’y en avait pas ou peu… Nous avons continué à chercher, mais rien de mieux ce jour-là…
Cette petite incursion dans le département voisin nous a permis de vérifier que les loutres sont toujours présentes à l’embouchure de l’Aveyron, et que les marques qu’elles avaient laissés étaient peu nombreuses et pas très fraiches. Les berges étaient aussi plus propices à l’installation de l’espèce… Il fallait donc continuer à chercher sur le Tarn… ■
